Les chroniques,  Rituels littéraires

Corpus #8 Une sorcière comme les autres

A quoi ressemble pour vous la sorcière comme les autres ? Quel est son aspect physique, quels sont ses attributs et ses attitudes ? Comment la perçoit on ?

De Starhawk à Mona Chollet, on perçoit dans la figure de la sorcière un ou plusieurs archétypes. L’un d’entre eux notamment se mêle à une dynamique sociétale féministe, écoféministe.

La sorcière incarne une figure de transgression, une irrévérence par rapport aux pouvoirs en place, revendique l’existence et l’usage d’autres pouvoirs et d’autres croyances. C’est une marginale, une solitaire. Souvent engagée dans une manière de vivre qui n’appartient qu’à elle. Forte, indépendante, proche de la nature, elle s’intéresse à ce qui est invisible pour d’autres, peu médiatisé, elle nourrit un attrait pour l’altérité.

Elle tient debout toute seule.

Celle qui (se) transforme

Une figure de la sorcière est celle de la transformation. Celle de soi, et celle du monde par des passages entre les plans. Le plan du réel partagé, d’un monde social et le plan intérieur, secret, occulte et sensoriel où l’on ne voit bien qu’avec le cœur, peut-être.

La femme changée en renard de David Garnett, conte la transformation d’une femme qui progressivement devient de plus en plus sauvage. Devenant renard, elle tente d’abord de rester auprès de son époux et de jouer aux cartes après avoir pris son dîner avec ses couverts. Sa nature la conduit à devenir chaque jour un peu plus le renard que la femme sagement assise en robe à volants. Au fur et à mesure de sa transformation, la relation entre elle et son époux évolue. L’histoire déroute et présente autrement comme un lien entre deux personnes peut exister dans la liberté.

Photographie d’Anete Lusina

Celle qui incarne sa propre temporalité

Une saison inattendue pour mettre en scène une sorcière.

L’été de la sorcière coule comme un ruisseau. Peinture d’un quotidien en quête de sens et de soi, ce livre apporte réconfort et profonde sérénité.

L’héroïne adolescente grandit dans le temps lent du récit. Elle consacre avec application chacune de ses journées à devenir une sorcière, suivre son intuition pour s’approcher un peu plus d’elle-même, acceptant le temps nécessaire aux fruits et aux fleurs qui poussent, à l’évolution, à l’apprentissage, au chagrin et au deuil.

Une célébration de la beauté discrète du quotidien qui s’étend.

Celle qui sort des bois

Il est temps pour Odille Chabrillac de sortir du refuge où elle s’est faite sorcière pour oser tisser, sans encore savoir comment, des expériences communes avec le reste du monde.

Essai inspiré, prêchant l’équilibre, Sortir des bois fait l’éloge sagement idéaliste de l’harmonie personnelle et collective.

Que sont les rituels et qu’apportent-ils à notre réalisation ? Qu’est-ce que la magie [l’âme agit] ? Que peut la sorcière pour s’ancrer à la terre, à la vie et vivre les connexions avec l’autour ?

Une réflexion qui suit un chemin de questionnement constructif, sans oublier de visiter les sentiers.

Celle qui transgresse par la joie

Il y a, dit Simone Weil, en chaque être humain quelque chose de sacré. Et ce n’est pas sa personne. C’est autre chose. Qui ne peut être brisé.

Il y a dans les êtres quelque chose de vertueux, quelque chose qui fait jaillir l’injustice lors d’une conscience à faire le mal.

Parfois, en regardant une personne, je me demande ce qu’il y a de magnifique en elle et auquel je n’ai pas (encore) accès.

Dans toute âme humaine monte continuellement la demande qu’il ne lui soit pas fait de mal écrit Simone Weil. Préservons ce sacré. Prendre soin, par la co-construction d’êtres qui grandissent et apprendre à construire un ensemble joyeux.

🌈💜⭐

La sorcière saisit à deux mains à la fois la magie et le politique. Elle mêle spiritualité et réel au moyen de rituels à ancrer dans le quotidien. Elle œuvre par ses formules à transformer la matière. Elle sait attendre et reconnaît les brèches dans la temporalité commune, ces espaces où jouer.

Je me dis parfois que s’appliquer à préserver ce sacré, à le faire briller, entretenir la joie est ce qui peut sembler le plus transgressif.

La sorcière me paraît être, en plus de sauvage, irrévérencieuse, indépendante et puissante, une personne équilibrée, joyeuse, vertueuse pour elle-même et au sein d’un groupe.

Photographie de Melike Benli

2 commentaires

  • Daniel

    L’image qui me vient spontanément lorsque l’on évoque le mot sorcière : celle du dessin animé Blanche Neige et les sept nains. Et pourtant d’autres représentations existent. Et pour cela je pense à une série que je regardais lorsque j’étais enfant : Ma sorcière bien aimée
    L’une est maléfique, l’autre utilise ses pouvoirs pour la bonne cause.
    Quelle que soit l’image que l’on met derrière ce mot (et vous en citez un certain nombre) dans l’esprit populaire, il existe une connotation négative associée à ce mot.

    Mais qu’en est-il de son pendant masculin : sorcier.
    Cette symbolique négative lié à Satan existe. Mais pour les autres visages de ce mot masculin ne désignons-nous pas en fonction des différentes civilisations : druide, mage, chaman, sachem, marabout…

    Cette différence de représentation existe également dans l’Histoire : on parle de « la chasse aux sorcières » jamais de la chasse aux sorciers. Les procès intentés étaient essentiellement à l’encontre des femmes. Et elles en furent les principales victimes.

    On peut comprendre, à travers cela, les raisons du mouvement féministe.

    • Marion Toussaint

      Daniel,

      Je rejoins tout à fait votre réflexion. En effet, on peut percevoir une dissymétrie dans les représentations masculines et féminines. Je pense que le livre « Sorcière, la puissance invaincue des femmes » vous amènera tout à fait à prolonger vos pensées à ce sujet ! 🙂

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