Démarche artistique et articles

Ma démarche

J’aime réinterroger les codes et les catégories, gratter sous les surfaces établies. J’explore. J’aime l’hybride, l’assemblage de contraires, ou tirer parti des associations fortuites.

J’utilise notamment l’écriture, la peinture, le modelage, le collage, la musique, le chant, l’assemblage. Je perçois les techniques comme des moyens au service de l’expression d’un propos. Le visuel fixe et mobile, le langage oral et écrit ou encore le sonore s’entremêlent dans mes productions pour dire la complexité ou la complémentarité du monde.

La couleur revêt dans mon travail une dimension symbolique. Mes collections sont des univers (bleu, rouge, violet) auxquels les œuvres sont rattachées en fonction de leur message. Certaines de ces œuvres sont hors des cases ou incarnent des possibles points de rencontre de deux univers. La matière est signifiante, plane ou en volume, rarement lisse, souvent déchirée, abimée, lacérée. Elle porte les marques des expériences.
Ce qu’il y a pour moi à inventer, ce sont toutes les relations alchimie qui peuvent se produire entre l’idée et la matière, l’intérieur (le senti) et l’extérieur de soi (le monde partagé).

Mes productions visent à montrer que les rencontres, les relations, les équilibres ne se font pas sans heurts et sans impacts. Je présente ainsi des cheminements multiples, tantôt fluides, tantôt tumultueux voire douloureux. J’aime exposer l’esthétique qui se niche dans chacun de ces états, les plus heureux comme les plus sombres mais toujours dans le souhait de saisir les nuances et la complexité. L’expérience m’intéresse, le résultat doit en garder les traces. Dans ma recherche d’authentique, mes productions revêtent une dimension artisanale certaine, qui montre ses expériences, ses recherches, ses erreurs ou ses doutes.
Mon travail s’inscrit dans une dimension philopoétique : à dominante littéraire, expressive et engagée. Il s’attache en particulier à questionner les insaisissables, les violences et l’identité. Il se veut réécriture du réel pour saisir ses lois et ses fonctionnements, tout en projetant ses idéaux.

Mes expositions sont des démonstrations en mouvement d’un cheminement en cours et prennent des formes selon le propos : installations animées, performances improvisées, expositions spectacle.
Je souhaite produire des situations artistiques qui permettent la rencontre et la participation intellectuelle des spectateur.trice.s, occasions de partage d’univers plus que des aquariums d’observation. Il m’intéresse de trouver le point d’équilibre entre l’usage de codes suffisants pour pouvoir être comprise (dimension de la pensée), en même temps que m’en affranchir suffisamment pour pouvoir être reçue (dimension du senti).

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Article de Christian Noorbergen
Aralya (revue d’art en ligne) – 1er mars 2021

Texte intégral de cet article :

Marion Toussaint ou les confins enchantés de l’enfance

Marion Toussaint, allusive et aérienne, aventureuse et minimaliste, explore à vif l’imaginaire enchanté, flottant et scabreux, de l’éternelle inguérissable enfance. Simplicité piégée : Marion Toussaint, pudeur et distanciation mêlées, sait ne pas tout dire. Elle joue à merveille des talismans de l’enfance et de l’animalité rêvée, qui chez elle s’étreignent souvent. Dans ses créations un rien énigmatiques, et volontiers ascétiques, tout se joue dans la complexité dépouillée des univers convoqués. En allure de féérie sensible. En pur dénuement spatial. En insidieuse charge mentale. La fabuleuse proximité évidée qu’impose Marion Toussaint donne à voir les premiers degrés de ses belles évidences corporelles. Ne pas s’y fier, car veillent les secousses cachées de l’existence, sur fond d’insondable opacité, ou d’âpres brûlures verbales.

Sous couvert d’apparences lissées, fraiches, et joliment plaisantes, le rouge et le noir s’affrontent souvent. Le noir fait muraille infranchissable, tandis que le cœur tout rouge ose dire la puissance brute de la vie. Si telle bleuité charnelle envoûte l’étendue, la nudité offerte, naïve et dépouillée, laisse sourdre les impensables violences d’une mémoire habitée. Si le tragique affleure avec une infinie délicatesse, un humour latent, jamais exacerbé, fait remède aux dures résonances créées. L’art intime, voire secret, de Marion Toussaint est agissant, travaillé en immersion d’imperceptibles murmures chamaniques. Il y a les devants de la scène, et de saisissants au-delà. Haute densité.

Des esquisses d’humanité fragile accidentent l’étendue. Comme une image onirique qui s’imposerait dans le silence de l’effarement, l’œuvre nue et forte de Marion Toussaint, libre et authentique, condense et concentre, en peu d’éléments visibles, l’arrière-monde impressionnant d’une sensibilité suraiguë. Cet art des confins de l’enfance, allusif et décanté, subtil et puissant, s’accorde admirablement à la présence des mots et des sons, c’est-à-dire à la poésie et à la musique.

Mandala d’enfance. Animalité souveraine. Art obsédant de haute présence.

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Article de Jean-Pierre Galtier
Sud Ouest – mercredi 28 octobre 2020