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Dormir chez l’habitant #1 Le soir

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Le portillon de la villa Violette s’ouvre sur un jardin saturé de plantes en pots et de jardinières. Je me fraye un chemin derrière mon hôtesse qui me conduit jusqu’en haut d’un long escalier en colimasson. Les pas de mes bottes martèlent les marches en bois. « Après vous ». Je pose ma valise sur le lit.

Elle me quitte après m’avoir présenté l’étage privatif et donné rendez-vous pour le petit déjeuner à huit heures le lendemain matin. Je souris en réponse à son anecdote à propos de ses confitures qui doivent être délicieuses, étant donné que des petits malins s’amusent parfois à les chiper dans le buffet pendant qu’elle a le dos tourné. Elle dit réellement chiper. Depuis, elle a mis les pots de confiture sous clé.

Mes sacs posés, je commence par prendre en photo les objets qui attirent mon attention. Les vases chinois, les pandas en porcelaine, le fauteuil en velours pêche derrière une poutre, mon ours en peluche qui trône déjà sur le lit. Peut-être ma manière de m’approprier les lieux.

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Je pense à l’entretien que je viens de passer pour un poste dans la médiation culturelle. Si mon corps m’indique je suis épuisée, mes pensées, elles, s’agrippent à mon cerveau pour me parler d’ennui, de frustration, de travail idéal. J’essaie de ne pas trop y penser. J’envoie quelques messages. Je pense à l’entretien.
Alors je pioche une carte en me demandant si le poste me sera confié : ce n’est pas le moment de recevoir cette réponse. Comme un correspondant injoignable au bout du fil. Je dois faire confiance au tarot et accepter l’inconfort de l’incertitude.
Comme ma sagesse n’est incarnée que par ma seule raison mais que mon émotion refuse de se voir imposer un délais, je pioche une autre carte en demandant, cette fois-ci, si je devais accepter ce poste, si on me le proposait : Mauvaise voie. Mon cerveau commence à faire des nœuds. Je pense davantage encore à la frustration et à l’ennui. N’est-ce pas un travail pour moi ? Aurais-je mal estimé quel équilibre de vie me permettrait de m’épanouir ? J’ai besoin d’un indice, je pioche : précipitation. Un peu vexée, je range les cartes. Elles ont raison. Que le choix soit un bon ou un mauvais, il est possible surtout que ce qui me porterait préjudice soit de le faire pour de mauvaises raisons.

Il y a une baignoire. Rose saumon. Avec un robinet à l’ancienne et un pommeau de douche en forme de combiné de téléphone. Un sticker Plus tard, il sera trop tard, la vie c’est maintenant. Jacques Prévert est collé sur la porte. Je feuillette un catalogue de livres en envoyant quelques textos. Mon père répond à ma question sur l’ennui par « Normalement, c’est en essayant qu’on le sait ».
Je regarde sécher les éclaboussures sur les pages du catalogue et entoure un bon tiers des ouvrages présentés. J’hésite entre Espace des théâtres de société, Les revues artistiques et littéraires. Approches et figures, ou encore Voyage et formation de soi. J’aime bien à la fois les bouquins archi intellectuels qui alimentent la machine quand elle a vraiment la dalle, tout comme j’aime boire un chocolat chaud avec des petite guimauves devant des dessins animés pour enfants ou animer des soirées karaokés juste pour m’amuser. Entre la stimulation physique ou psychique et le calme. Un équilibre à cultiver.

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