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Les gens touchants qui viennent chanter dans les karaokés

C’est le soir. Toujours. Comme eux, j’imagine, je m’apprête pour sortir. Ce qu’il faut d’élégant. Ce qu’il faut d’amusant. Et surtout des paillettes. S’habiller pour la fête, c’est en faire un peut trop.

C’est long au début. A chaque fois. Difficile de commencer. Devant le projecteur, j’annonce que les participants peuvent remplir des coupons pour m’indiquer ce qu’ils voudraient chanter. Il est vingt-et-une heure. Les femmes et les hommes plaisantent et passent leur commande. Je salue poliment, pour qu’ils se sentent à l’aise, rejoins les conversations brèves qu’on veut bien partager. Il y en a qui feignent la réserve et qui y croient vraiment, en disant je n’ose pas. Cela signifie je n’ose pas tout de suite. Ils oseront sans doute.

L’ambiance se réchauffe dans le bruit des couverts et l’odeur des burgers, quelques voix retentissent un peu plus que les autres. Les hommes surtout, on les entend beaucoup. Ce serait plaisant, sans doute, d’entendre une pièce pleine de voix de femmes. Je me demande si cela ressemblerait aux bruits d’une volière. Dans un coin de ma tête, l’idée me fait sourire.

Dans le vif du sujet, c’est Nana qui commence. Ca donne envie aux autres et quelques uns se lèvent pour attendre leur tour. Ce sont les premiers duos, trios et groupes. Des premiers font les pitres, plus que des premières. Ils délivrent dans leur chant l’énergie trop contrainte de leur semaine achevée. Ils prennent une place qu’ils n’ont peut-être pas eue quand il étaient ailleurs ces quelques jours passés.
Tout un pan de leur vie, un pan gigantesque ne m’est pas donné. J’assiste à leur voix, ponctue leurs prestations, encourage les suivants. Rivés sur les paroles, ils miment les métaphores en les prenant au sens littéral. Ca me fait rire.

J’ai fait partie des gens touchants venant ouvrir ma cage dans les karaokés. Je choisissais souvent ce que je maîtrisais, une chanson romantique. Je pensais que c’était par léger narcissisme, et peut-être après tout.
Dans l’esprit bon enfant du restaurant, d’hier, j’évalue les limites de la perte de contrôle. Je perçois l’équilibre dans ma photo mentale, je sais où il se trouve.
J’en ai bu des cocktails, des alcools dégueulasses pour apprendre à parler sans penser en échos. J’ai tenté quelques rôles qui n’étaient pas moi, pour connaître ma voix, m’amuser à ma façon et non sur un modèle.
Je sais que montrer un côté plus sauvage n’est pas pour moi dans l’exubérance ou dans le parler fort, même s’il l’est pour d’autres, que je sais désormais regarder stoïque sans les envier du tout.
Je peux m’amuser en parlant à voix douce et en figures de style, préférant chanter juste, buvant du thé glacé. Je décoiffe mes cheveux avant de repartir, j’appelle le dernier groupe pour les démons de minuit. J’ai hâte d’avoir l’occasion de la chanter de nouveau accompagnée de ma harpe, sans doute lors d’un nouveau spectacle qui verra le jour et qui racontera les oiseaux dans mon ventre.

Aimons nous vivants,

Louve

Image Pixabay

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