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Poème prière #8 Les murmures du tiroir

J’ai d’autres choses à faire que de me laisser absorber par de mauvais films.

J’appelle une nouvelle esthétique.

Etre seule m’apaise enfin après ces heures passées dans mon salon à tourner sur moi-même, comme pour me trouver, sans contexte ni lien avec quoi que ce soit.

C’est dans le mouvement que je commence à me connaître.

Imaginer marcher n’a rien à voir avec une vraie promenade jusqu’au café du coin de la rue. J’ai suivi le soleil et j’ai compté mes pas, pour m’amuser. L’air ne me semblait plus si froid. J’ai ouvert mon manteau pour laisser respirer ma poitrine.

C’est vrai, je m’agite facilement quand je vois le vide comme ombre des objets. Il suffit que je regarde dans le tiroir qui murmure, celui de ma table de chevet. Il contient ce dont j’ai besoin pour me rappeler comment être au monde.

Cela peut se faire seule. Cela peut avec toi.

Imaginer ta main n’a rien à voir avec le froissement de tes caresses quand tu me serres d’élans. Je ne sais pas où nous irons, mais je veux des paris.

Toi, tu vis seul depuis si longtemps.

J’imagine qu’il m’en faudra des contemplations devant mon tiroir pour mieux m’apprivoiser. Je fais le vœu de me réaliser.

Je demande aux murmures de chanter quand je me perds trop fort.
Je demande à ta main d’être présente, pas inventée. Je demande à sentir tes caresses attablées, ton esprit lié au mien, nos projets qui se fondent sur un chemin forêt.

Je me demande enfin d’écouter, de me laisser la place aux visites à moi-même, d’aimer attendre un peu, d’être impatiente aussi, de rester tumultueuse.

Je demande à construire les murs de ma maison, une direction fleurie, nos mains qui s’acoquinent.
Je veux sentir le vent dans mes cheveux et les tiens glisser sur mon dos. Je demande l’audace de saisir un pinceau quand l’envie me commande, coller mes reliques sur la toile, et impliquer mon corps.

Si j’ouvre mon tiroir désormais, je veux qu’imaginer ne soit que point de départ de la matière à vivre. Je veux me promener dans les émotions vives, dans ta façon d’aimer et rencontrer vraiment l’expérience sur la route.

Photographie de Ian Taylor

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