Les chroniques,  Rituels littéraires

Corpus #5 : Rituel de liberté sur les chansons de Pomme

La liberté est un concept à la mode. Je veux dire qu’elle est une valeur forte de notre société néolibérale. Nous voyons souvent derrière elle de grands espaces, la possibilité de faire ce que l’on veut, quand on veut, de la manière dont on l’a décidé.

Même si les publicités nous matraquent d’une dose de liberté teintée d’individualisme comme « Venez comme vous êtes », « Ton jeu, tes règles », la liberté ne peut-elle pas être autre chose ?

Comment la mêler à la conciliation, et pourrait-on même envisager d’être plus libre ensemble ?

Je vous confie ici mon rituel littéraire de liberté, que j’ai intitulé C’est un endroit rêvé pour les oiseaux, en référence à la chanson de Pomme que je vous propose d’écouter pour commencer.

***
Voici les étapes de ce rituel de liberté :

Tous les oiseaux du monde

Commencez ce rituel par un peu de poésie …

Comme l’exprime le poète Aurélien Barrau, la poésie constitue la forme littéraire la plus empreinte de liberté, et ce, parce qu’elle repose en amont sur une maîtrise particulièrement précise de la langue. Avant l’expansion, l’exploration au delà du langage il y a la connaissance et la rigueur.
Liberté et responsabilité appartiennent à un même mouvement. Le caractère innovant (comprenant originalité et pertinence) d’une œuvre est souvent induit par une connaissance approfondie d’un sujet.

Le recueil Tous les oiseaux du monde édité par La petite maison de poésie rassemble des poèmes écrits pour la jeunesse d’une fantaisie absolument charmante !

Lisez le à vous-même, murmurez chaque son, ou installé tout contre une personne que vous aimez par dessus tout.
Si tu n’étais pas là, l’herbe serait noire […], le feu serait trop lent […], je dormirais des jours entiers …
Imaginez la perte pour retrouver la beauté de connaitre une personne que vous aimez si fort. Regoûter à une lueur d’espoir en vous imprégnant du titre de ses poèmes rassemblés Le monde n’est jamais fini.

Ecoutez ensuite le conseil sage de Lise Mathieu : Sois poli avec les roses. Sentez les mots vous parcourir comme le vent. Balayez du regard comme le personnel peut prendre des allures d’universel parfois.
Est-ce que tu sais quel jour nous sommes […] Sais tu l’ennui, l’hiver, le peu de toi, de moi, tant d’autres nuits, seule dans les bois, de l’oubli.

Refermez le livre et prenez une grande bouffée de silence. Ecoutez la chanson Adieu mon homme. Ecoutez-la sonner à l’intérieur de vous.

Photographie d’Ilya Kovalchuk

Personne ne disparaît

Préparez pour vous une infusion de pétales de fleurs. Disposez aussi des pétales sur un plateau autour de votre tasse.

Plongez ensuite dans le ciel violet de ce roman de Catherine Lacey dès les premières notes délicates de la chanson A perte de vue.

Laissez-vous submerger par les descriptions des failles intérieures, des paysages qui défilent au rythme des pensées, intégrant des paroles rapportées de sorte à ce qu’on ne distingue plus s’il s’agit de propos, de pensées ou bien les deux.

Lisez ce livre chaque jour à pleine main et à plein cœur. Visitez les histoires du passé et ce qu’elles ont fait croitre bien plus tard. Hypothétiques conséquences. La soif obsessionnelle et soudaine de liberté, prenant la forme d’un partir au loin, est-elle causée par des éclats anciens ?
Buvez les questions, accueillez le trouble. Et qui a inventé le désir et pourquoi ? […] Rentrons à la maison. […] J’avais peur. […] Mari, sache s’il te plaît que je conserve pas mal l’impression de t’appartenir.

Placez-y, pour conserver les moments les plus vifs, des post-it illustrant des licornes dans le ciel bleu, car ce livre est une créature merveilleuse.

Papa qu’est-ce va lui arriver ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Et Papa n’a pas répondu les premières fois, et j’ai pensé Bien joué Papa, laisse-la profiter un peu du suspense.

Laissez ensuite advenir ce qui doit se passer entre vous et le monde.

Photographie d’Alleksana

Je te nous aime

il
a fait un bruit de verre en elle,
et puis elle est partie

Je veux la liberté d’aimer et d’être qui je suis.
Je cours, je peux réinventer, ma vie
loin d’ici

Pomme

elle
a commencé par enlever le couvercle et puis tout doucement elle est sortie de son bocal.

il
lui a dit je t’aime avec tellement de conviction, elle, dans un premier temps, en a oublié de partir en courant.

elle
en a marre des ils qui ne tiennent pas debout tout seuls.

Assistez. Contemplez. Percevez simplement comment Albane Gellé saisit l’émergence de ces sentiments qui saturent la vie, saisit ce qui jaillit de nous, malgré nous, et ce que l’on contient par efforts.

Employant pleinement les fonctions expressives et esthétique de la poésie pour en dessiner les contours d’un récit, l’autrice nous donne par bribes les minces détails d’une histoire entre il et elle. Au fil des poèmes, tout en mouvements imaginés. Un livre comme au cinéma.

Plongez y sans retenue, sur un banc, en plein milieu du monde.

***

Les parages du vide

Ecoutez Aubert chanter Houellebecq tout en parcourant les rimes du bout des doigts. Un chat sur les genoux sera le bienvenu.

Heurtez doucement la vie. L’isolement et les secrets.

Où est-ce que je suis ? Qui êtes vous ? Qu’est-ce que je fais ici ?

Il n’y a pas d’amour.
(Pas vraiment assez)

Appréciez, comme ils disent, ce moment de pudeur, tout en noir et blanc. Regardez sur les photo les deux hommes et leurs chaises vides. Parcourez leur correspondance écrite, quelques titres à la main, des étoiles sur les i.

Habitez enfin ce vide par la chanson Soleil soleil. Laissez-la terminer ce rituel en point d’orgue. Buvez ses conseils pour vous hisser à l’apogée de votre expérience, invoquez le soleil dans un chant lupin.

Exprimez-moi si vous le souhaitez, ce que ce rituel littéraire vous aura apporté.

Photographie de Marcelo Jaboo

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