Dormir chez l’habitant #2 Le matin

Après une insomnie persistante, je m’extirpe difficilement des draps en pagaille.
Difficile d’accepter au réveil tous ces objets, éventails, vases, pandas en céramique, verres à pieds, buffets en bois qui ne m’évoquent que l’inconnu. Tout ce qui m’est familier sont mes propres affaires et tiennent dans une valise.

Je me demande qui a pu dormir par le passé dans cette chambre. Rien de concret ne me vient. Je pose des questions ouvertes sans imaginer de réponse. Quel travail a bien pu faire la vielle dame qui m’accueille ? Lorsque je lui ai brièvement parlé de mon entretien la veille, elle m’a répondu : quand on trouve un travail qui nous plaît, c’est extraordinaire.

Après une petite toilette, j’utilise le bureau de la chambre pour me maquiller. Je ne tricherai pas sur ma courte nuit, mes cernes sont creusées. Je mets ma robe bleue avec des oiseaux par dessus un pull noir à col roulé. J’avais porté cette tenue lors d’un atelier d’écriture et avais alors évoqué dans mon texte le fait de chanter avec eux.

Image Pixabay

L’hôtesse m’apporte à huit heures exactement un petit déjeuner sur une desserte à deux étages. J’ai un appétit de moineau, assorti à ma robe. Je souhaiterais tant me rendormir, mais je décide de prendre la route.

C’est un Bordeaux à l’image de mes pensées préoccupées que je découvre ce matin. Les filets de soleils n’existent plus. Il y a le bruit, et l’insipide paysage extérieur qui me fait frissonner. Les véhicules parlons-en, c’est autre chose que la courtoisie des oiseaux. C’est la symphonie stridente des klaxons, des camions qui coupent la route … Je peine à trouver mon chemin, prends la rocade dans le même sens, plusieurs fois. Je me sens agressée par les moteurs, les pensées qui me ramènent à ma recherche de travail, la voix agaçante des animateurs de radio. Irritée par le stress et le manque de sommeil, je m’impatiente. Je veux m’assoir, trouver un café chaud et m’occuper tranquillement à mes lectures et mes articles.

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Pour couper court à mes tours de manège en Ka, je m’installe dans un fast-food impersonnel au possible pour passer ma journée sans payer trente euros de parking. Ce sera donc trente euros de malbouffe. Au bord des larmes, je trouve le réconfort de mon chéri au téléphone et mange mes toasts en buvant mon capuccino tiède.

Je consulte mes mails, replonge dans quelques agréables habitudes. J’ai éparpillé mes affaires sur une grande table pour quatre personnes, fiches cartonnées, feutres fins, magazines. En parcourant mes messages, je trouve un soulagement.
« Et autant que possible, autorisez-vous à vous tromper ».

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