Corpus #3 Mes couleurs littéraires : ROUGE

Dans mes collections, le rouge incarne ce qui est brut, obsessionnel. Nos pulsions profondes. Voici quelques coups de cœur des rouges qui émanent de d’autres auteurs.trice.s :

Le cahier rouge des chats et Le nouveau cahier rouge des chats

Deux cahiers rouges qui collectent des textes littéraires à propos des chats.
Cette obsession pour les chats ose les montrer dans leurs différents aspects : attachants voire obsédants, indispensables ou bien cruels. Les chats de Baudelaire bien sûr, et d’Apollinaire, des frères Grimm sont classés en chapitres thématiques (Chats musiciens, caractères de chats, chats antiques et chats mythiques…).
Ces anthologies intemporelles appellent à une lecture pré-nocturne à la lueur d’une bougie, avant de revisiter dans ses rêves des esprits félins de tous temps.

La femme changée en renard, David Garnett

« A l’endroit où avait été sa femme un instant plus tôt, il vit un petit renard d’un rouge très vif. Ce petit animal le regarda d’un air suppliant, avança vers lui d’un pas ou deux et Mr. Tebrick comprit tout de suite que sa femme le regardait avec les yeux de cette bête. »

Quoi de plus juste pour dépeindre le monde que la littérature ? Ce court roman aux allures de conte montre avec brutalité la barbarie des humains envers les animaux sauvages, les réactions face à l’inimaginable, à une perte ambiguë qui ne cesse de se faire. L’auteur apporte la rudesse face à l’innocence, dans un style naïf qui est celui du conte. Le contraste saisit. Le roman épargne peu.
Si la femme changée en renard en prend l’apparence dès les premières pages, elle n’en adoptera le caractère que petit à petit. Changeant peu à peu ses habitudes de jeune fille par les habitudes du renard sauvage. Cette expérience littéraire amène des réflexions sur l’attachement.
Jusqu’où la personne que l’on aime est-elle encore elle-même ? Si ce n’est pas l’apparence, qu’est ce qui fait son identité ? Et quand, à quel moment précisément, ne la reconnaissons nous définitivement plus ?

Faire semblant c’est mentir, Dominique Gobbet

Je me suis reconnue. J’ai acheté ce livre comme un miroir qui révèlerait sur nous des choses ignorées. A la bouquinerie des Belles histoires.
Illustrations au traits visibles, papiers calque et texturés. Effet vieillit pour raconter une histoire de fantômes, une de celles qui sont vraies : un amour qui poursuit, qui nous retrouve toujours sans que l’on puisse poser l’adieu. Point commun avec le livre précédent : Jusqu’où peut-on choisir d’être attaché à quelqu’un ?
Le texte et les illustrations, les deux aussi lapidaires et elliptiques, se complètent, nourrissent une relation de dépendance pour accéder au sens de l’histoire : histoire de dépendance. Amoureuse, familiale, des relations rouges profondes, obsédantes. Des personnes sensibles et fragiles qui souffrent comme elles peuvent des blessures de leurs proches. Le tout incarné par une réelle poésie, une poésie du réel ou simplement le réel en fait, saisi par des mots qui viennent, ceux de Dominique Gobbet. Ceux qui mentent peut-être ou bien inventent seulement pour nous renvoyer en miroir nos profondes vérités.

Douleur exquise, Sophie Calle

Textes et photographies se mêlent et se complètent dans le but de dépeindre l’unicité d’une douleur vive. Une douleur rouge comme celle que je dépeins moi-même parfois. Puissante, et ravageuse dans cette mise en scène littéraire. Le pari sur un couple qui termine en une rupture nette, inattendue pour l’autrice, annoncée pour nous. En deux parties, avant la rupture et après la rupture, Sophie Calle saisit l’intensité et les fluctuations de sa douleur ainsi que les cheminements qu’elle emprunte. L’impuissance. Le chagrin. La colère. La culpabilité. Le sens. Le temps.
A lire un dimanche matin sur le canapé, en deux heures à peine, avant d’aller déjeuner. Chercher ensuite la compagnie, le divertissement. De quoi laisser la douleur de ce livre derrière soi et n’en garder que le souvenir admiratif de sa poésie au service de l’incarnation du réel.

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