L’attente, inspiration poétique

L’attente est sujet de mon livre « Ta vie est silence », une bulle rigide qui fige un temps jusqu’à un moment crucial qui parfois ne vient jamais. Elle me vient du réel fissurant, me sert de matériau d’écriture et de création par le biais du souvenir … Mais j’entretiens avec elle une relation ambiguë d’inspiration ainsi quei de violence lorsque l’attente revient s’imposer dans mon quotidien jusqu’à me soumettre.

Éloge et hurlement d’inspiration

Préparer la fête, c’est déjà la fête. C’est ce que disais mon grand-père, je m’en rappelle maintenant. Et maintenant j’y accorde une importance certaine. Se réjouir en préparant, sans trop imaginer, profiter de ce qui est, et du plaisir entier de tous les morceaux de temps qui constituent l’évènement. Tartiner les toasts, regarder sur internet quel restaurant réserver … et réserver. Choisir sa tenue. Envoyer des invitations.

Pas trop imaginer ? Je tire cela d’une citation trouvée « Si l’on n’attend rien, tout devient une surprise ». Je me rends compte que les méandres de mon cerveau, mes Méduses Pensées, ont tendance à proliférer parfois sans satiété, jusqu’à parvenir à envisager tous les réels -ils ne peuvent, bien sûr, tout à fait le faire. Ce phénomène mental me procure, lorsqu’il est trop récurent, une sorte de sensation d’ennui profond d’avoir tout pu imaginer en avance, et ainsi, de ne plus pouvoir être surprise de ce qui arrive.

J’aime maintenant imaginer par touches, par éclats, sans aller trop loin et les méduses ont su l’accepter en gardant suffisamment près d’elles leurs tentacules. Comme elles ont pu accepter même que les touches peuvent être, dans la réalité, de couleurs différentes des couleurs imaginées. Il arrive désormais souvent que cela ne pose pas de problème.

Il faut se sentir en sécurité dans sa vie pour accepter la surprise.
Être confiant.e en soi, son adaptabilité, l’aide de proches au besoin, et en la vie nous permet d’accepter mieux l’attente. Aussi, les méandres de la pensée se reposent, ne s’agitent pas jusqu’à la déraison dans le but de tout prévoir afin d’éviter l’inévitable.

Et comme attendre fait partie d’un moment large centré autour de quelque chose, il y a de nombreux bienfaits à apprendre à attendre. Réserver une date ou un lieu pour un dîner et se réjouir à l’avance, en regardant dans son agenda ce moment prévu, enthousiasmant. J’y appose souvent un petit cœur, comme pour marquer la belle attente qui y est associée.
Commander un objet que l’on ne peut pas obtenir de manière immédiate, le recevoir quelques jours plus tard, parfois quelques semaines. Et avoir le plaisir de l’attendre le lundi, le mardi, et la joie de le découvrir dans sa boîte au lettres, le mercredi ou le jeudi peut-être. Ou bien plus tôt que prévu ! Déballer le paquet, la dernière attente, et tenir dans sa main son petit ours empaillé venu d’un Cabinet de curiosités en Suisse, ou une collection d’anciens magazines retrouvés d’occasion !
Alors parfois si l’on n’attend rien, tout devient une surprise. Mais aussi, lorsque l’on attend longtemps, ce que l’on savait déjà peut redevenir une surprise, parce que cela nous sort un peu de la tête quelques temps. Cela redevient alors une surprise dès que l’on s’en rappelle ! Et si on ne l’oublie pas, on peut trouver un mélange agréable entre la frustration, l’enthousiasme et la réjouissance par avance.

La violence de la soumise immuabilité

Je perçois toutefois des limites à l’attente, notamment lorsqu’elle s’impose à son hôte sans daigner le respecter.

C’est l’attente sans aboutissement. La violence d’une attente inconfortable voire dérangeante dont l’issue est anxiogène voire incertaine. On ne sait quand la situation se résoudra, ni même si elle se résoudra. Les informations incohérentes véhiculées avant ou pendant le délais d’attente nous font perdre nos pensées du probable et du possible. Les fils de la pensée s’entrechoquent, se nouent, se fuient, se perdent … Notre perte est réelle, profonde, fragilisante jusqu’à parfois nous faire vaciller ou détruire des petits bouts de nous que l’on pensait plus solides.

Imposer une attente de cette nature nous malmène et nous maltraite.

Ne pas donner de délais précis, prendre des engagements et ne pas les respecter régulièrement, tenir des propos flous ou incohérents, donner un terme à l’issue duquel une sanction sera posée nous maintient impuissant.e.s dans une attente immobile, dans un temps condamné à l’immuabilité. C’est l’attente d’un « Il faut qu’on parle » surprenant reçu par SMS quand on trouvait pourtant sa relation idéale, la menace du pas furieux d’un père ou d’une mère vers un enfant qui pensait pourtant avoir bien agi. C’est aussi l’attitude des politiques actuels qui utilisent l’attente menace, la rendant angoissante par les bombardements médiatiques qui savent trop bien se contredire, et qui déploient des engagements en confettis avant de les nier ou de les piétiner.

Pendant ce temps, tout s’agite, comme des papillons diaboliques sous la carcasse cérébrale.

L’inspiration attente est belle si elle est enthousiasmante, constructive, une frustration subtile amenant vers davantage de satisfaction, ou pourquoi pas, poétique. Elle réside dans la confiance envers l’autre, le contexte. Et l’honnêteté. Ceux et celles, oppressants parasites qui la gâchent, en l’entachant de mauvaise foi ne paient rien pour attendre.

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