Corpus #4 Les livres qui font peur ! [littérature adulte et jeunesse]

Moi ce que j’aime, c’est les monstres – Emil Ferris

Les créatures hybrides

C’est la peau bleu, ce sont les dents. Une petite fille ou un monstre, on ne sait pas, qui vit dans un environnement lugubre et menaçant. Le visuel et le texte étroitement corrélés nous présentent le charme inconfortable de la difformité, le frisson des endroits louches, et l’émotion d’une aventure du quotidien. Tantôt sordide, tantôt hostile, mais aussi fortement poétique, ce livre est saisissant mais aussi à déconseiller en cas de sensibilité aux sujet d’agression et de violences sexuelles.

Souliers rouges, petit pois, etc. – Gabriel Hernandez

La peur de l’insaisissable

Comme une pièce de théâtre qui sait sublimer les silences, ce petit livre carré rouge recèle d’étrangeté et de surréalisme. Les visuels minimalismes portent la narration qui ne fait jamais tout à fait sens. L’humanoïde à la tête de cerf nous paraît menaçant, la disparition de la fille saisit à la gorge, et un petit fantôme à l’air sympathique, lui, se promène dans la forêt. La peur est puissante et palpable, et pourtant invisible. Nichée peut-être entre les pages du livre, derrière la couverture ou sous les doigts. « J’ai peur tu sais … », mais on ne sait jamais de quoi.

Le retour du Loup – Nicolas Vanier

Le prédateur de Pierre et le loup de retour !

Si comme moi vous avez connu le conte de Pierre et le loup, avec un loup furibond, bondissant au son du cor derrière un petit canard innocent, vous serez peut-être ému de découvrir cette suite de l’histoire. Ici, un tout autre registre, avec, toujours accompagné de musique, un livre-objet ludique aux pages pop-ups, trouées et aux illustrations graphiques. Si l’on accepte cette liberté prise quant à la forme, on peut se laisser séduire par l’histoire de Pierre, qui pris de remords, hésite à redonner une chance au loup (qui depuis le dernier épisode vit emprisonné dans la cage d’un zoo).
(Racontée par François Morel, ce qui ne gâche rien !)

Le petit homme amoureux de la lune – Anja Klauss

La nuit, le monde ressemble à un autre monde

La préférée des enfants parmi mes coups de cœur de l’année.
L’homme amoureux de la lune la capture pour la garder pour lui tout seul. Les illustrations nocturnes aux allures surnaturelles transportent l’esprit dans la moiteur des marécages. Les enfants sont pris d’empathie pour cette lune amoureuse malheureuse, qui se retrouve perdue dans l’univers humain qu’elle subit sans mot dire. Le docteur heureusement trouvera la solution.
Cet album évoque avec poésie la nécessité de laisser ceux qu’on aime faire leur propre chemin.

Coppélia – Claude Clément

La poupée mécanique comme rivale

Réécriture de l’Homme au sable, avec de grandes illustrations aux couleurs saturées, Coppélia raconte comment la poupée mécanique d’un vieil inventeur séduit un jeune homme sur le point de se marier. Il est question de fidélité, de distinction entre les sentiments, de danse mécanique déroutante, de raison et de folie. L’album prête à se pencher sur les nuances et les subtilités de nos convictions et de nos sentiments, car la poupée Coppélia nous séduit nous aussi, et nous regrettons bien à la fin de la voir se casser en morceaux.

Je parle aussi des deux livres adulte (« Moi ce que j’aime, c’est les monstres » et « Souliers rouges, petits pois, etc. ») dans ma vidéo Art Vlog d’octobre 2021.

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