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Chacun fait fait fait c’qui lui plait plait plait

L’individualisme ambiant. C’est cette manière que nous avons tous parfois de nous centrer sur nous-même et sur tout ce qui nous entoure petitement. Notre famille, nos amis, nos loisirs, notre travail. Faute de pouvoir agir à grande échelle, de nous sentir écouté.e.s par un pouvoir du haut, nous trouvons une réponse à notre besoin de contrôle autour de nous, une impression d’action dans un champ restreint où nos agissements se passent sans conscience de notre responsabilité et dénués de valeurs fortes. Pouvons-nous retrouver à notre échelle un sentiment de sens et l’impression de contribuer à plus grand que soi ?

La manière de se percevoir

J’avais sincèrement l’impression d’être une personne dévouée, tournée vers les autres et attentive à leurs besoins. Mes proches, d’ailleurs me renvoyaient cette image. J’ai grandi dans un milieu associatif, mes parents m’ont transmis l’importance de la coopération. Mes discours s’ajustaient à cette éducation et je verbalise fréquemment lors de débats théoriques l’importance du collectif. Pourtant, c’est en regardant la vidéo de la chaîne Blast « Comprendre l’idéologie néolibérale » qu’une autre perception de moi a commencé à émerger.

Nous sommes, en grande partie inconsciemment, confrontés à environ 15 000 impacts publicitaires par jour (télévision, affiches, radio, prospectus, logos sur des vêtements ou des produits alimentaires et cosmétiques …). Environ 15 000 impacts chacun. Et même si nous ne les remarquons pas à chaque fois, notre cerveau, lui, traite cette information, les assimile et en déduit des normes qu’il intègre à son fonctionnement.
Les valeurs véhiculées par ces messages publicitaires qui fourmillent, pullulent et nous prennent en otage sans notre consentement sont les suivants : « Venez comme vous êtes », « N’imitez pas, innovez », ou encore « Think different ». Au premier abord, on peut penser cela bien innocent. Seulement, à plus large échelle, une immense majorité de ces messages diffusés par les médias convergent vers le même système de valeurs.
Dans une vidéo de la chaîne Blast, Olivier Coudou explique qu’il s’agit :
– d’une liberté individuelle sans aucun frein
– de l’hédonisme, une habitude au plaisir immédiat. Les conséquences sont une difficulté à accepter la frustration, la persévérance ou encore l’effort (dont l’effort intellectuel) et un manque de responsabilisation. On remarque d’ailleurs que certaines personnes utilisent l’expression « C’est mon droit » pour justifier un désir, sans prendre en compte leur responsabilité ou l’impact de leur décision vis à vis des autres.
– l’autonomie dans une forme d’autosuffisance psychologique « mon bonheur ne dépend que de moi, et je ne veux pas être tributaire des autres »
– l’unicité, le besoin d’être différent des autres.

Grâce à l’énumération d’exemples associés, j’ai pu prendre conscience que si dans mon discours j’exprimais une certaine idéologie coopérative, j’avais également parfois des propos et des agissements qui allaient dans le sens de ces valeurs. Nous en avons tous.
J’ai choisi par exemple, il y a quelques années, un statut de travailleuse indépendante en miroitant une liberté absolue (me lever à l’heure que je voulais, travailler d’où je voulais, organiser mon emploi du temps). Je me rends compte désormais que l’on choisit certaines libertés qui sont prioritaires et que les avoir toutes n’existe pas. En contrepartie de la liberté d’organisation, je travaille seule, je manque de stimulation et j’ai une importante limite financière.
Un autre exemple : j’ai souvent eu besoin de me démarquer, depuis que je suis enfant, et j’ai passé une longue période à prendre plaisir à la contradiction (je vous mentirais si je vous disais que ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui). Aujourd’hui, je pense que ce comportement exprimait peut-être un besoin d’être bien davantage prise en compte dans mes valeurs.

Quand un déséquilibre s’installe quelque part soit dans un cheminement qui nous amène un penchant égocentrique, ou au contraire à être trop dévoué quitte à s’oublier, il est important d’identifier que le cercle tourne dans le mauvais sens. Aucune des deux options ne fonctionnera. C’est de sortir de ce dualisme et de découvrir une autre manière d’être au monde qui nous permettra de retrouver l’équilibre.

Questions à se poser pour trouver sa manière d’être au monde :

Comment s’amuser autrement que dans l’individualisme et le plaisir immédiat ?Peut-on adopter une autre philosophie qui garantisse un écosystème globalement respectueux de tout le monde collectivement et individuellement ?
Comment cela demande-t-il d’agir ?

Image Pixabay

Fédérer les êtres vivants

J’ai actuellement envie de revenir à des actions fédératrices. Je pense qu’il y a plus de richesse et de vrai à créer du lien qu’à rechercher l’autosuffisance à tout prix. J’ai envie d’intégrer des groupes ou des systèmes dans ma vie professionnelle ou dans mes loisirs, de les observer pour en comprendre le fonctionnement. De m’adapter aux règles qui participent au bien-commun sans nuire à qui que ce soit et à proposer des idées qui correspondent à la conservation d’un équilibre vertueux, en m’enrichissant aussi de celles des autres.

Ayant déjà travaillé dans ce sens lors de menée d’ateliers dans des classes d’enfants entre 3 et 10 ans, j’ai déjà pris en note un certain nombre de résultats de ces riches expériences. Un bon nombre d’entre elles me font ouvrir les yeux sur mes propres attitudes.

La mauvaise foi, tout d’abord est une ennemie redoutable qu’on pense avoir rangée au fond de sa poche mais qui, en réalité, est prête à bondir comme le grand méchant loup aussitôt que quelque chose à l’extérieur de nous nous dérange. Notre besoin d’autosuffisance alimenté par les médias nous empêche souvent de voir le collectif comme une nécessité. Il arrive fréquemment que l’on repousse alors l’autre parce que son comportement nous a déplu ou que nous n’avons pas su nous-même exprimer nos limites et essayé de trouver un consensus.
Nous sommes des êtres éminemment sociaux, et ce, parce que nous n’avons pas le choix. Travailler à créer du lien sur ce qui nous rassemble, s’aider et y prendre du plaisir sont autant d’habitudes qui constitueront un cercle vertueux impliquant l’intérieur et l’extérieur de nous.

Il me semble important de concevoir ses limites comme une structure et non comme une contrainte nécessairement frustrante. Comme les murs et le toit d’une maison, les limites à notre liberté individuelle sont ce qui protègent le collectif (donc nous avec). Dans l’école où je travaillais, j’avais l’habitude d’énoncer cette phrase censée nous diriger vers l’idéal de la relation au vivant : on agit en prenant soin de soi et des autres en même temps. Ce qui signifie que pour être dans des interactions vertueuses, nous avons chacun la responsabilité de trouver dans chacune de nos actions celle qui respectera à la fois le plus nos besoins et ceux des autres.
Bien sûr, on rate souvent. On essaie et parfois, ce n’était pas la bonne solution. Parfois, on n’a pas envie d’essayer et on préfère s’impliquer dans d’autres situations, ou prendre soin d’autres personnes qui comptent davantage pour nous.

Plus j’ai intégré cette manière de penser, plus je me rends compte que l’un nourrit l’autre. Prendre soin de moi (réellement, en comblant au maximum mes besoins) tout en tenant compte des autres me donne envie de prendre soin de ce qui se trouve à l’extérieur de moi. Et quand j’ai beaucoup pris soin des autres, cela me donne le plaisir de revenir à moi et de m’accorder du temps.

Il reste notre capacité à faire quelques efforts, utiles pour changer nos habitudes de pensée et acquérir une capacité de réflexion (efforts cognitifs) ainsi que de nouvelles attitudes (efforts orientés sur nos actions concrètes). Si respecter ses besoins est indispensable et répondre à des envies personnelles procure de la joie, muscler sa capacité à faire quelques actions non-spontanées qui nous demandent d’infléchir notre mental nous donne accès à de nombreuses possibilités qui restent inaccessibles dans le cadre d’une philosophie exclusivement hédoniste. Il ne s’agit pas de se forcer, mais d’orienter son attention ou sa volonté pour aller plus loin et dépasser ce que l’on est capable de faire à un moment. Cela nous permet de changer, de devenir ce que l’on voudrait devenir, de sortir d’une position de victime en conservant des croyances erronées qui nous maintiennent dans des situations inconfortables. Cela procure globalement une immense satisfaction et un enrichissement de soi.
Je vous donne rendez-vous dans un prochain article pour approfondir ce sujet.

Biblioraphie et filmographie liées à cet article :
Comprendre l’idéologie néolibérale, Blast, le 30 octobre 2021 sur Youtube
Parole en haut, silence en bas, Danièle Sallenave
Qu’est-ce qu’une vie bonne ? Judith Butler

Image Pixabay

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