Challenge lecture : 7 jours de solitude amie

Sept jours de solitude ou de refuge. Un hiver habité par de profondes réflexions. Un présent qui ferme encore ses portes pour l’instant. Le lendemain se fait attendre. 🏵️🌺
C’est dans cet état d’esprit que je me suis lancée dans un challenge lecture, chaque jour un livre entier 🌈💜🐎

Voici ces sept livres amis, qui m’ont apporté une fidèle compagnie pendant ce temps de repos.

Jour 1 : Carnet de philo pour triompher du quotidien

Géraldine Mosna-Savoye

Quand j’apprends que je vais devoir passer sept jours sur mon canapé vert, c’est le premier que j’empoigne, avec l’ambition de remplir tout ce temps et de le rendre utile. Entre deux siestes, je m’y attèle bien décidée.

C’est un livre à la couverture souple, aux intercalaires pop-art, aux couleurs saturées. Il renferme nombre d’articles courts pour philosopher la vie quotidienne à propos du sentiment d’avoir raté sa chance, du sourire forcé, du dimanche soir ou de nos habitudes de langage…

Des interrogations anecdotiques au fil des pages proposent d’intellectualiser la vie quotidienne de manière légère. Je remarque vite le caractère divertissant de l’ouvrage, je comprends que la plongée sous marine dans la vraie remise en question des phénomènes du monde ne sera pas ici. (Je devrai rassasier mon appétit plus tard, avec quelque chose de plus hétérodoxe.)
Et pour cause, le sous titre sous forme de l’oxymore « triomphe du quotidien » apporte une contradiction curieuse et amusante, qui nous laisse à penser dès la couverture que les petites victoires glanées sur les petits problèmes personnels ne mèneront pas sur le chemin d’un grand bouleversement sociétal (ce qui n’est par ailleurs, je pense, pas l’intention de l’autrice).

Au risque donc d’être « A côté de la plaque », sentiment étudié dans l’article de la page 14, je trouve à l’ouvrage des allures néo-libérales un peu trop prononcées. L’art de ne pas se révolter de la page 22 ne m’a pas convaincue, malgré les références aux citations des philosophes anciens. Je vous recommande cependant l’éloge de la fragilité (qui joue le jeu de la séduction en affichant à côté du titre un minuscule chaton blanc « trop mignon ») et toute la partie consacrée à nos tics de langage qui, eux, sont saisis par l’autrice avec humour et pertinence et sont considérés avec la place qu’il me semble juste de leur conférer : une attention sérieuse mais brève pour ces anecdotes rapidement oubliées, une fois la conversation terminée ou la page tournée.
Je garderai cependant en mémoire, les jours qui viennent, le fait de cesser de dire « en vrai » par besoin de me montrer sincère et authentique. En outre, j’avais déjà de moi-même arrêté de souhaiter présomptueusement une « belle journée » à mes interlocuteurs, à la fin de mes emails, préférant la formule « bonne journée » plus classique, permettant à chacun d’accorder à sa propre journée l’ambition qu’il désire, dénuée d’un diktat esthétique.

(Au sujet du triomphe de l’esthétisme auquel j’ai fait deux allusions dans cet extrait, je devrai recevoir prochainement le livre d’Yves Michaux L’art à l’état gazeux, je vous en dirai des nouvelles !)

Jour 2 : Philosophie du Petit Prince, sagesse, identité, bonheur

Gwendal Fossois

On continue à surfer sur une version intellectualisée de la tendance bien-être avec ce « décryptage de conte » comme le veut l’éditeur. Ce dernier L’Opportum a en effet su tirer l’opportunité de vendre pour les 75 ans du Petit Prince, un ouvrage broché. L’auteur en spécialiste de la pop culture propose de faire découvrir les symboles du Petit Prince sur 205 pages, avec le risque à la fois de beaucoup simplifier de nombreux concepts complexes de la philosophie et de répéter certaines théories plusieurs fois par manque de fond. Une déception tout d’abord, parce que sur mon canapé vert, quand mon quotidien semble vide, j’espérais remplir ma semaine de concepts un peu plus consistants.

Une bonne nouvelle est que tous les ouvrages qui ont été utilisés pour écrire le livre sont mentionnés en bibliographie. Cela donne très envie d’en consulter quelques-uns !

Je me prends au jeu, tout de même, pousse ma lecture de page en page. Je m’amuse à ouvrir et à fermer le livre souvent (j’adore faire ça avec les livres à couverture rigide). J’ai patienté tranquillement, jusqu’à être touchée par les dernières pages, celles qui abordent enfin les messages délivrés par le renard. J’affirme alors devant vous aujourd’hui qu’il n’est pas niais de considérer l’amitié comme le fondement de notre société. A mon avis, c’est même l’absence de ce sentiment de lien entre les êtres qui explique en grande partie les problématiques essentiels de notre société actuelle. La bonne nouvelle est que les réponses s’y trouvent aussi, certainement !

En fait, ce livre m’a surtout donné envie de relire Le Petit Prince de Saint-Exupéry. Si le fait d’analyser nous apporte parfois de véritables clés quand aux enjeux d’une œuvre, en lisant ce livre Philosophie du Petit Prince, il me saute aux yeux que l’œuvre originale est un conte, une forme littéraire qui permet l’entrée dans l’imaginaire, qui suscite en nous l’émotion et fait émerger les sensations agréables liées à la rêverie. On est émus quand le renard parle du champ de blé qui lui rappellera à jamais le Petit Prince, alors qu’ils ne se reverront jamais. On est troublés lorsqu’on se demande si le Petit Prince meurt à la fin ou s’il a peut-être pu rejoindre sa planète. Si la portée symbolique de toutes les images du conte ne sont pas perçues par le lecteur de manière extrêmement consciente à la première lecture (La mort du Petit Prince et du pilote constitue-t-elle une forme de renaissance et de retour à la civilisation en étant plus sage ?), cela ne retire pas la richesse et le bonheur de cette expérience qu’est la lecture du Petit Prince, sans nulle explication.

Jour 3 : L’enfant, la taupe, le renard et le cheval

Charlie Mackesy

Dans le fond de la solitude, je me suis perdue. Il semble parfois que les rencontres sont des échos réconfortants. Des voix qui murmurent si bien, et surtout au bon moment.

C’est quand j’ai eu le plus de mal à faire de ma solitude une amie que ce livre m’a retrouvée. Cette fois, c’est sur mon lit désemparée, et non sur mon canapé vert, que j’ai feuilleté les pages (pour la deuxième fois).

Ce livre dit l’amitié, la sincérité comme une partition. Il se lit d’instinct, avec les pauses et les silences pleins, sans y penser. Je ne m’en lasse pas. J’aime tous les personnages, je m’y retrouve, je m’entends entre les pages parler comme le renard qui a du mal à faire confiance, je m’entends rire comme l’enfant quand la taupe mange les gâteaux et poser les questions qui me semblent avoir tant d’importance, en regardant le paysage fait d’encre coulée.

Peut-être que bientôt, comme le cheval, je montrerai mes ailes que j’ai longtemps cachées, et je pourrai voler.

Jour 4 : Vivre vite

Philippe Besson

C’est mon troisième livre de Philippe Besson après Arrête avec tes mensonges, et Les Amants. Je retrouve la subtilité des sentiments trop forts au beau milieu des scènes. Le roman polyphonique a des allures cinématographiques, pas étonnant. Il raconte l’histoire de James Dean. Je ne la connaissais pas.

Lire Vivre vite lorsque l’on vit lentement (j’ai retrouvé mon canapé vert) dans mon salon silencieux où je dors au moins aussi longtemps que mes chats, est à la fois dissonant et à la fois, procure une sensation d’harmonie. Lire Vivre vite dans une période de repli, de refuge et de réflexion me questionne sur mes rêves. Si évidents pour un héros de roman, surtout lorsque l’on se raconte une histoire rétrospectivement et qu’elle est terminée. Le sens est choisi, il ne reste plus qu’à raconter les évènements d’une manière à ce que tout converge dans la même direction. Au beau milieu de la vie, sur mon canapé vert, pendant une semaine de maladie et d’inertie, cela me donne un souffle. Ma solitude ne m’épuise plus. J’apprécie ce temps où l’inertie n’est qu’une impression, puisque le mouvement me rattrape ou que c’est moi qui le rattrape. Puisque moi, je suis en vie, j’ai encore le choix du sens à donner à l’histoire.

Jour 5 : Kaizen, travailler et entreprendre autrement

Chaque perle semble venir compléter le collier. Après la prise de conscience conceptuelle d’avoir de multiples choix quand à la route à emprunter, c’est un livre concret que je tiens en mains pour étudier ça d’un peu plus près.

Il y a des personnes qui travaillent à l’organisation d’entreprises avec d’autres priorités que de gagner beaucoup d’argent. On revient à la vie quotidienne et aux petites victoires, cette-fois très sérieusement : à quoi ressemblerait notre journée, comment nous sentirions-nous si nous travaillions tous les jours pour des projets qui nous stimulent, pour lesquels nous sommes compétents, en accord avec nos valeurs et en nouant des relations respectueuses avec notre entourage ?

Dans Kaizen, des personnes expliquent comment l’organiser, comment l’expérimenter et l’ajuster. Une source d’inspiration qui remplit les poumons d’air frais !
Le soleil inonde mon jardin, en fin d’après-midi, repenser à cet article fait émerger chez moi le concept d’Ikigaï. J’ai commandé un nouveau livre à la couverture rose, qui arrivera bientôt à ce sujet.

Jour 6 : Tous les oiseaux du monde

Un véritable écrin de grâce se tient dans ma main. Cette couverture, je l’ai regardée. Ce livre trônait parmi d’autres recueils de poèmes dans mon armoire vitrée, jusqu’à mon déménagement récent. Je n’avais jusqu’alors même jamais lu le sous titre « les plus beaux poèmes du Prix de la Poésie pour la Jeunesse ».

C’est assurément le livre de cette semaine qui a généré chez moi le plus d’enthousiasme ! C’est le moment de l’espoir, le moment où je pense à mon envol prochain, après ma période refuge.

Quelques poèmes choisis chez quelques auteurs primés révèlent à mon esprit des images poétiques et sonores d’une précieuse beauté. Certains parlent d’oiseaux qui n’aiment pas les commérages, certains parlent de chats et d’autres de Novembre. J’ai lu à Hugo celui qui parle de l’herbe qui serait noire « Si tu n’étais pas là, je mangerai des cailloux, je t’attendrai, je t’attendrai ». Ca l’a bien fait rire. Moi, ça m’avait émue. Lui n’a pas vu d’intérêt. Ca nous a bien fait rire. C’est peut-être comme ça qu’une déclaration d’amour se renforce, en devenant déclaration d’humour, tout à fait malgré elle.

Jour 7 : Le cri du sablier

Chloé Delaume

Je ne sais pas si c’est comme il faut. Je le lis par hasard. J’ouvre des pages et je respire les alexandrins. Au bout de quelques uns, ils se mettent à tourner dans ma tête.

Je me rappelle avoir connu l’écriture de Chloé Delaume pendant mes études de littérature. On m’en avait parlé au sujet du livre qu’elle a écrit sur les Sims (Corpus Simsi). Celui-là, je l’avais lu dans l’ordre et en entier. J’avais eu du mal à me le procurer.

Le Cri du sablier, lui, c’est plutôt une lecture éternelle. Que je ne lis pas dans l’ordre pour qu’elle dure toujours. Certains disent que lorsqu’on lit de la poésie, on est moins touché. Ce n’est pas la même chose. On est touché aussi, mais par l’esthétique. Certains n’y sont peut-être pas aussi sensibles que d’autres. Pourtant. On n’est dans la peau de personne, on n’a peur pour personne et on sait ce qui se passe, on ne peut qu’assister. Pourtant. Cette fichue sublime déconstruction de la langue, pour la remanteler miraculeusement, fait fonctionner le français en une suite de sons et de sens parfaitement assortis.

On emballe le tout dans une couverture crème légèrement gaufré et on écrit en rouge le titre et puis l’autrice. Chloé Delaume fait figure pour moi de haute innovation.

Pour écouter quelques passages de poésie inspirée de Chloé Delaume, vous pouvez consulter ma vidéo « Papillons de vie » de novembre 2021.

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