DÉFI BRUTAL PARTIE 1/2 – La seule chose dont je suis sûre

Cet article a été rédigé dans le contexte de participation au #defibrutal, un défi proposé par Alexandra Martel sur les réseaux sociaux dans le but de stimuler sa créativité, de produire en un temps donné de 24h pour chaque défi, et de partager ses productions.
Le défi proposé ce jour consistait à choisir un message vrai que l’on veut exprimer à propos de soi ou de son travail et de montrer la véracité de ce propos par de nombreux petits détails et exemples.
J’ai choisi d’exprimer l’importance que je confère aux différentes dimensions sensorielles dans l’ensemble de mes propositions artistiques.
Voici l’introduction à mon propos. Vous trouverez la participation au défi dans la partie 2.

Il y a quelques temps, dans un moment de doutes particulièrement aigu, je me suis demandé s’il pouvait y avoir au moins une chose, même une seule, dont je pouvais être véritablement certaine. Je ne suis pas réellement certaine par exemple de vivre, après tout, qu’est ce qui me prouve que je ne suis pas morte puisque je ne sais pas à quoi ressemble la mort. Qu’est ce qui peut m’assurer également que je ne suis pas un robot qui est convaincu d’être une personne vivante ? Je ne suis pas certaine non plus que mes pensées m’appartiennent, qu’il n’y a pas une personne qui me les dicte toutes, ou que la réalité est réellement faite de matière (après tout, dans mes rêves, j’ai l’illusion d’une réalité qui n’en est pas une, et pourtant je le crois). J’ai de nombreuses convictions, mais aucune certitude en vérité, sauf une peut-être, il me semble.

Je pense que la seule vérité que je puisse établir avec certitude est celle-ci : je ressens. Si l’on considère que je est bien la personne à qui appartient ma conscience, je ne vois rien qui puisse altérer cela. Je ressens. Les ressentis que je perçois, eux, peuvent être de bien des natures, y compris illusoires, il pourraient par exemple appartenir à ce que je crois être la réalité et qui ne l’est pas, cela ne change rien au fait qu’à un instant précis, j’ai indéniablement ressenti quelque chose.

Est-ce la raison pour laquelle j’accorde autant d’importance aux ressentis, je ne sais. L’une des raisons peut-être. Au passage, je trouve amusant de parler de la raison du ressenti, puisque ce dernier me semble par nature assez peu raisonné. Plaçons tout de suite des précisions importantes : l’équilibre entre sensation et réflexion me semble nécessaire afin de ne pas tomber dans le travers de n’être qu’un être de pulsions guidé par ses ressentis instantanés. Cependant, je n’oppose pas raison et ressenti, puisqu’il me semble que, si les ressentis sont la seule certitude que nous puissions avoir, nos raisonnements doivent pouvoir s’appuyer dessus et se construire à partir d’eux. Et cela, dans le but de co-construire une réalité (ou du moins cet espace-temps que nous partageons les uns avec les autres et que nous habitons ensemble) à l’image de nos ressentis et non à l’encontre d’eux.

J’ai parfois la sensation d’un monde qui s’est perdu. Des personnes égarées ensembles parquées dans une société où la raison domine, où les intellectuel.le.s sont sur-valorisé.e.s, sont conférés (et j’ignore bien quel serait le complément d’agent de cette phrase) d’une légitimé de décider pour d’autres. Et ce, en raison de cette efficience intellectuelle qu’ils ont prouvée, par leur excellence d’adaptation à un système scolaire aux codes arbitraires injustes qui ne sait que reproduire les mêmes schémas en culpabilisant ceux qui n’ont pas réussi à faire partie des exceptions, c’est à dire à s’adapter à une culture de l’école à laquelle ils ne connaissaient rien au départ. Cette même intelligence émanent de la fameuse conscience propre à notre espèce et qui nous fait rejeter la valeur de l’existence des autres. A ne considérer les êtres vivants différents que comme une valeur marchande. Un monde où l’émotion, l’empathie semble être associée à de la sensiblerie déraisonnable. Que-s’est-il passé ? Que se passe-t-il encore ?

Quand je regarde mes chattes dormir lorsqu’elles le veulent à l’endroit confortable qui leur plaît, manger quand elles ont faim, ou être happées par une balle en chemin, les petites paillettes dans les yeux et l’envie irrépressible de lui courir après, rarement à la même heure, je leur trouve une pureté que beaucoup d’êtres humains ne cultivent plus. Je trouve qu’elles incarnent le vivant. Parce qu’elles sont reliées à leurs ressentis.

Je pense que nous avons beaucoup à apprendre de cela. Qu’il nous est indispensable d’apprendre à écouter nos ressentis. Nos émotions, ce qui nous fait plaisir, ce dont nous avons envie. Et ce pour mieux les intégrer dans la construction d’un monde où l’on saura ainsi mieux prendre soin de soi et des autres.

Il est largement temps d’habiter les silences.

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